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Autour du dernier film d’Aki Kaurismaki, « Le Havre » (2011) |
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Enfin de l’art !
Ceci n’est pas une étude critique du film d’Aki Kaurismaki. Ce chef d’oeuvre – je pèse mes mots – mérite une attention soutenue. Pour apprécier le travail stylistique et la composition des détails et pour démentir les apparentes simplicités et lenteurs, j’aurais aimé avoir eu le luxe, le privilège et le loisir de le regarder au moins trois fois pour pouvoir analyser et revenir sur certaines séquences. À première vue, Aki Kaurismaki raconte une histoire de résistance d’un artiste rangé du côté des exclus, des humbles et des petits. En surface, le scénario raconte une rébellion contre les exclusions des sans papiers et migrants d’Afrique – exclusions organisées par les règles juridiques des démocraties parlementaires. Mais résumer le film à une histoire c’est manquer l’émotion que procure le travail esthétique et la manière dont les images racontent le récit. Aki Kaurismaki ne filme pas les séquences-actions. Le public conditionné par le cinéma spectacle risquera de s’ennuyer du fait que les scènes d’action sont délibérément suggérées. Robert Bresson pratiquait ce style et s’en était expliqué dans son essai, « le cinématographe » ; le cinéma-action manque l’essence du cinématographe. Les acteurs doivent être des actants. Le cinéma-spectacle, dans sa dimension américaine, survalorise les actions et les acteurs. Le film d’Aki Kaurismaki pense avec des images. Tout est exprimé par l’écriture cinématographique. Le fait que Jean-Pierre Léaud, l’acteur fétiche de Jean-Luc Godard et François Truffaut, incarne le personnage du délateur est une référence précise d’un cinéaste qui parle de l’histoire du cinéma avec des images. L’art pour l’art de Truffaut à partir de « La nuit américaine » et l’art par implication politique de Godard à partir de « la Chinoise » avait la même conséquence : l’image devient une cause et un prétexte. La polémique des deux cinéastes avait pris en otage leur acteur fétiche. Aki Kaurismaki pratique une éthique ou politique de l’image et une esthétique impliquée. Le film parle de lui-même. On aurait tort de croire que le choix de Léaud soit de l’ordre du hasard. On aurait tort de prendre à la légère la réhabilitation ou plutôt l’actualisation du rock avec la mise en scène de Little Bob. Qui joue son personnage et qui ne peut jouer sur scène que si sa femme revient puisqu’elle est sa muse. Little Bob ancien rockeur des seventies françaises accepte de jouer pour une cause : collecter 3000 euros pour payer le passeur qui sauvera le jeune noir. Passager clandestin en route vers sa mère, travailleur immigrée à Londres. Le Havre est le port d’attache et de détachement. Affirmons-le ! Aki Kaurismaki va à l’essence même d’une oeuvre. En pleine mondialisation ou capitalisme des démocraties parlementaires, le film décrit des résistances au quotidien de petites gens contre les exclusions, internements et persécutions. Mais le cinéaste ne le fait ni avec indignation ni avec contestation. La résistance est active et créatrice. Le film fait parler et agir les humbles et les petits contre les puissances de ce monde. En montrant qu’un flic (dont le personnage est incarné par Jean-Pierre Daroussin) peut, contre les ambitions d’une carrière, participer à ces formes discrètes de rébellion.
Détails et contretemps,
Voici un écrivain au nom prédestiné de « Marx » qui sacrifie la vanité de l’écriture pour devenir cireur de chaussures au Havre. Les cireurs de chaussure peuvent entendre « le sermon sur la Montagne » prétexte-t-il. Il est au service de la cause des humbles et des petits. L’évangile selon Mathieu était le plus proche du peuple d’après l’écrivain Maurice Clavel. La manière de filmer est à contre-temps. Contre la vitesse du XXIe siècle – la machine folle de l’Occident disait Tjibaou – Aki Kaurismaki plante sa caméra dans un bistrot où règne les conversations ordinaires et de terroirs franchouillards, dans une gare où travaillent les deux cireurs, l’écrivain déclassé et un franco-vietnamien, ou encore sur le trottoir à la sortie d’un marchand de chaussures à la clientèle huppée. Les décors évoquent l’atmosphère des films contemporains de la seconde guerre mondiale. La caméra-stylo pour reprendre Bresson taille des portraits, de véritables tronches du peuple avec les expressions accentuées par les émotions. Il y a de la vélocité dans ces apparentes lenteurs. Silence ! On tourne et ce qui est donné à voir est le mouvement : des affects, des émotions, des traits d’humour. Lorsque le flic (« Daroussin ») entre dans le bistrot pour enquêter à la recherche du petit black en fuite, il règne un silence – celui du fondateur des éditions de Minuit, Vercors, le silence de la mer. Aki Kaurismaki réussit avec virtuosité à filmer ce silence. Celui de la résistance. Je disais que rébellion et résistance ne sont pas exprimées de manière morose. Il y a de l’humour. L’humour des minorités qui se gaussent des puissants. Le personnage principal cherche auprès des camps de rétention le grand-père du jeune africain en fuite. Il affirme aux policiers qu’il est son cousin et qu’il est albinos. Un peu comme la vie est belle mais avec le génie cinématographique en plus, Aki Kaurismaki filme l’horreur des persécutions quotidiennes avec humour. Il réussit à mettre sur le même plan trois choses en apparence distinctes : les persécutions des enfants juifs sous l’occupation nazie, les porteurs de valise pendant la révolution algérienne et les actuelles rétentions des migrants étrangers. Il réussit à le faire par une minutieuse construction des décors, du détail et une précision mécanique du mouvement et des jeux des actants – plutôt qu’acteurs. Ce film bouscule les conventions et normes cinématographiques convenues. Langage châtié sans populisme (faisant penser au cinéma français de la nouvelle vague), mouvement soutenu et lent (Fassbinder, Bresson) et précision du détail et du décor. Il y a de tout dans ce film.
Par Hamid Mokaddem
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CAUSERIE : VENDREDI 18 NOVEMBRE |
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- Bruno DOUCEY, poète, éditeur de poètes. Après avoir dirigé les éditions Séghers, il a créé les Editions Bruno Doucey à Paris pour faire découvrir les richesses des poésies du monde. Il est co-auteur de l'anthologie "Outremer. Trois océans en poésie" qui a obtenu le Grand Prix du livre insulaire cette année.
- Anne BIHAN, poète, dramaturge, essayiste. Née en Bretagne, elle s'est enracinée en Nouvelle-Calédonie depuis 1989. Elle présentera son recueil de poésie "Ton ventre est l'océan" publié aux Editions Bruno Doucey.
- IMASANGO, poète. Née en Nouvelle-Calédonie, elle a passé son enfance entre Nouméa et la brousse où elle retrouve les racines de son métissage. Elle présentera son recueil de poésie "Pour tes mains sources" paru aux Editions Bruno Doucey.
ENTREE LIBRE ET GRATUITE
Librairie CALEDO LIVRES, rue Jean Jaurès en bas de la place des cocotiers près de la mairie de Nouméa, tél.273811
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13e Salon international du Livre insulaire |
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Ouessant, l’île qu’on aime
Le 13e Salon international du livre insulaire d’Ouessant s’est tenu du 20 au 24 août 2011, avec pour thème Les îles en M’, les îles qu’on aime. L’archipel calédonien y a été mis à l’honneur à travers Maré, île en M’ ; et l’Association des écrivains de la Nouvelle-Calédonie via notamment un article de presqu’une page dans le quotidien régional Le Télégramme de Brest.
Comme à l’accoutumée, c’est un accueil très chaleureux qui a été réservé aux deux auteurs de l’AENC présents, Anne Bihan et Samir Bouhadjaj, par l’association CALI, organisatrice du salon, tant par ses principaux responsables, Isabelle Le Bal, présidente d’honneur et fondatrice du salon, Joël Richard, président, que par l’ensemble des bénévoles impliqués dans la mise en œuvre de cet événement hors norme. Ils ont participé à des débats et lectures qui ont été bien suivis.
La qualité du compagnonnage qui unit depuis 2002 la Nouvelle-Calédonie et Ouessant s’est traduite également par un soutien très efficace et pragmatique au plan logistique. Il a permis pour la deuxième année consécutive la mise en place d’un beau stand calédonien (auparavant, les livres calédoniens étaient mis en vente sur le stand de libraires présents au salon). Le bilan est positif : la vente de livres calédoniens a été multipliée par deux par rapport à 2010.
Le lien établi entre Nouvelle-Calédonie et Ouessant est d’évidence profond, durable ; il émet un rayonnement bien au-delà de la période du Salon lui-même, au fil de la communication faite tout au long de l’année par Ouessant. Ce lien se traduit très concrètement par l’existence d’une page Nouvelle-Calédonie sur le site du Salon du livre insulaire, ce qui nous donne une belle visibilité. Notre participation à ce Salon demeure donc importante en tant qu’auteurs et au titre de Lire un pays. Elle fait pleinement partie du calendrier littéraire calédonien.
Deux événements auront pour finir marqué cette édition 2011 :
- La remise à l’éditeur Bruno Doucey du Grand prix des îles du Ponant pour l’anthologie Outremer – Trois océans en poésie. Elle a été l’occasion d’évoquer la place de la Nouvelle-Calédonie dans cet ouvrage. Et la parution prochaine chez cet éditeur, qui sera présent au SILO 2011, des recueils de deux poètes de Nouvelle-Calédonie membres de l’AENC, Anne Bihan et Imasango.
- La remise à Henry Le Bal et Yann Queffélec, pour leur livre beau et profond, L’Île nue, d’un prix exceptionnel, unique et sauvage, lors d’une cérémonie joyeusement improvisée par tous les amoureux, auteurs et éditeurs, du Salon d’Ouessant. Une surprise faite aux intéressés et aux organisateurs bien entendu, puisqu’il s’agissait de saluer, avec l’œuvre d’un grand poète et d’un peintre remarquable, leur engagement et à travers lui – le thème de cette 13e édition s’y prêtait –, l’île la plus aimée de tous les insulaires : Enez Eusa / Ouessant.
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Centre culturel Tjibaou
Rencontres de la Médiathèque
Le sentier des morts : rituels de deuil dans la société kanak contemporaine Jeudi 20 octobre 2011 à 18h15, case Eman
Conférence d’Emmanuel Tjibaou, Département Recherche et Patrimoine
La notion de deuil dans la société kanak revêt un caractère particulier dans un contexte où la construction de l’image-vie « hanu » (image en langue fwâi, nemi et pijé de Hienghène) accompagne l’individu tout au long de son existence. Force est de constater aujourd’hui que les gestes, rites, silences, non-dits, tabous exprimés par la collectivité lors du travail de deuil se retrouvent détachés de leurs contingences socioculturelles. Les mutations des comportements transposent dans le deuil une redéfinition des nouveaux rapports qu’entretient la société kanak contemporaine avec la mort. Le sentier des morts qui autrefois accompagnait les esprits défunts dans une dimension parallèle permettant aux vivants de se projeter de l’autre côté du miroir ne se perçoit aujourd’hui qu’en filigrane. L’intérêt du propos se situe dans la perception de ce que la société kanak produit comme discours autour de la mort dans ses rapports sociaux ; c’est ce que nous aborderons dans la première partie de notre intervention en tentant de définir ce terme. Parler de la mort « mac », c’est aussi définir ce qui constitue son essence même, la vie « motip », et de l’ensemble des rituels produits par la société pour accompagner le processus du deuil. L’approche individuelle de la mort dans notre société englobe aussi la volonté de poser la conception de plus en plus inhumaine de ce processus en le détachant de tous rites : apparition de la crémation, enterrement loin du tertre d’origine dans des cimetières urbains, foyers pour personnes âgés, etc.
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Bibliotheque Bernheim : septembre 2011 |
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Mercredi 14 septembre à 14 h, à la Médiathèque Ouest (Koôhnê) : 2ème éliminatoire des candidats de la Province Nord. Encore 6 candidats en compétition en Province Nord. Le vainqueur de la cétagorie "ados" et le vainqueur de la catégorie "adulte" viendront se mesurer aux candidats retenus dans le SUd lors de la grande finale qui aura lieu le mercredi 21 septembre à Nouméa. Le public est invité à venir les encourager et à découvrir cette discipline populaire entre poésie et musique qu’est le slam. Avec la participation de Teddy Iafare-Gangama, slameur ert conteur réunionnais.
Entrée libre, tout public.
Mercredi 21 septembre de 18 h à 20 h, dans le Hall de l'Hôtel de la Province Sud : Finale du Grand Concours de Slam 2011 Les 6 candidats de la catégorie « ados » et les 6 candidats de la catégorie « adultes » en compétition lors de cette grande Finale ont plus que jamais besoin d’être soutenus par le public. Venez découvrir cette discipline entre poésie et musique et encourager les candidats. Avec des prestations d'Erwan Botrel, vainqueur du Concours de slam 2009, d’Adjé, sculpteur slameur, et l'animation musicale de Lady 1000 volts. Entrée libre, tout public.
CONFERENCE
Mercredi 28 septembre à partir de 18 h, à la bibliothèque Bernheim : Conférence "La toxicologie du cannabis de Nouvelle-Calédonie : quel pouvoir psychotrope ? Quelle action sur l'organisme humain ? Quelles conséquences sur la santé et l'équilibre social des consommateurs ?" Une conférence organisée par l'Association Toxicologie-chimie en Nouvelle-Calédonie (ATCNC), et animée par Yann BARGUIL, Pharmacien-biologiste, docteur en sciences de la vie et de la santé et Jean-Yves CHARLOT, Docteur en psychiatrie. En salle de lecture adulte, entrée libre, tout public.
EXPOSITIONS EN COURS
* Jusqu'au samedi 23 septembre : Exposition "Métamorphose", sculptures sur métal Par Adjé, artiste Le nouveau défi d'Adjé relève de la métamorphose : prendre des ouvrages littéraires comme source d'inspiration et les transposer en formes et en volumes.« Métamorphose » donne à voir la littérature et sculpte la narration. Avec talent et humour, l’artiste se réapproprie 22 œuvres fortes de la littérature locale et mondiale, des classiques tout autant que des premiers romans, des recueils de poésie, de slam et de contes, pour en livrer une interprétation toute personnelle. L'artiste a ainsi "mis en forme" des livres aussi variés que L'Épave (Gorodé), Don Quichotte (Cervantes), Alice au pays des merveilles (Carroll), Farenheit 451 (Bradbury) ou Venus Erotica (Nin). Les techniques utilisées vont de la fonte de métal à celle du verre, en passant par le détournement de matériaux de récupération insolites. Des méthodes toutes parfaitement maîtrisées par Adjé, l'un des plus talentueux sculpteurs de Nouvelle-Calédonie. A l'occasion de cette exposition diptyque, onze de ces créations sont à découvrir à la bibliothèque Bernheim, les onze autres étant présentées pendant la même période à la Maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie. En partenariat avec la maison du Livre de la Nouvelle-Calédonie et l'association "La Nature de l'Art". * Jusqu'au 1er mars 2012 : Exposition "Homo Sublimissimus" , par le Conservatoire des faciès - Section Océanie Une exposition de Peggy & Hans Vergara et Jaime Umana Avec le soutien de MwâUnesco Nouvelle-Calédonie
3 installations liant l'homme au végétal Homo sublimissimus : genre d’homme appartenant à une espèce virtuelle (qui comporte en soi-même les conditions de sa réalisation), une espèce plus évoluée qu’homo sapiens, celle de l’homme sage devenu sublime. Sublime parce qu’il se reconnaît à sa juste valeur et reconnait de même celle de ses semblables. Sublimissime parce qu’il reconnaît l’égalité des hommes entre eux et parce qu’il fait preuve de respect et de tolérance. Sublimissimus parce qu’il vit en harmonie avec les autres et en symbiose avec la Nature. Homo sublimissimus, un homme parfait dans son genre. Une espèce idéale ? Utopique ? En voie de développement ? Dans les jardins de la bibliothèque Bernheim. Entrée libre.
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